Une collection d'art contemporain

Artistes sans frontières  : Algérie, Congo, Côte d'Ivoire, Maroc, Syrie, Soudan


 

C’est la rencontre avec le plasticien Kamel Yahiaoui qui apporte la réponse. Kamel vit à Paris. Il est de la génération qui suit Larbi aux Beaux-Arts d’Alger. Il regroupe quelques copains : un artiste très connu à Alger, Mokrani et les talents émergents : Tarik Mesli et Slimane Ould Mohand. Les expositions itinérantes collectives de créateurs algériens commencent. L’objectif est de montrer que malgré la brutalité des images présentées par les medias, de l’autre côté de la Méditerranée il existe toujours la vie de la société civile avec ses artistes créateurs contemporains. Face à l’horreur et à la mort partout présente, créer devient un acte de vie, de survie.

D’Alger à Khartoum

Chez Kamel Yahiaoui, un soir, je croise Islam Zein Al Abdeen. Islam est un artiste soudanais de passage à Paris. Il m’invite : « Venez chez nous. Au Soudan personne ne vient… ». Nous sommes en 1998. Le Soudan est en guerre dans le Sud et au Darfour et le régime d’Al-Tourabi est particulièrement dur. Le pays est cité comme « satanique ».
Inconscience ou inculture ? À l’époque je n’ai pas d’infos ni de connaissance sur ce pays. J’y vais et y rencontre les artistes de l’école de Khartoum (mouvement issu des Beaux-arts qui propose une nouvelle lecture de la tradition graphique), en particulier Ahmed Elsharif qui plus tard m’ouvrira les portes des milieux artistiques locaux. Avec Ahmed nous essaieront de réaliser son rêve fou : ouvrir un lieu à Khartoum : l’atelier/galerie « Min » où les générations suivantes viendront travailler avec lui et s’initier.

 

Au Soudan, les artistes s’expriment : ils ont besoin de documentation pour connaître les mouvements occidentaux (le pays vit sous boycott) et d’aide pour se procurer du matériel ainsi qu’une visibilité à l’étranger. Plusieurs d’entre eux seront sélectionnés : Islam Zein Al Abdeen, Ahmed Elsharif, Mohamed A Otaibi, Noaman Faris, Hussein Salim. Nous présenterons en France des expositions collectives itinérantes. Avec toujours cette même idée : montrer la création comme acte de vie et de survie face à un régime politique dictatorial et mortifère.

À Khartoum il y a aussi ceux qu’on ne peut citer :  un surnommé « Coco » dont les dates de création révèlent dix ans d’absence : dix ans comme opposant politique à se cacher. Ces artistes-là ne sortiront pas du pays. Ils n’ont ni argent, ni papiers. Car pour avoir un passeport, il faut le demander aux autorités en place…

 

Les galeries parisiennes

 

A Paris la demande des artistes est autre : un lieu à « nous ».
Pour ceux qui vivent en France, qui présentent des spectacles dont les thèmes sont les cultures du Monde.
Pour ceux de l’étranger qui ont besoin d’être exposés en France.
Rivarts : deux galeries verront successivement le jour, une dans le quartier populaire de Château d’Eau. Plus tard dans celui des Batignolles. Durant 10 ans, des expositions d’artistes « du Monde » seront présentées à Paris. Bien sûr, des artistes
- d’Algérie :  Salah Hioun, Arezki Larbi, A.Mokrani, Kamel Yahiaoui, Rachid Necib, Hamid Tibouchi
- du Soudan : Ahmed Elsharif, Islam Zein al Abben, Noaman Faris, M.Otaybi, Isam Aboud, Hussein Salim, Muntasir Sharrief
- et aussi de tous pays : Miloudi Nouiga, Mostapha El Matar (Maroc), M. Khalil (Palestine), Ahmad Barho (Syrie), Claude Makelela (Congo), Valérie N’Dri (Côte d’Ivoire), In Sook Chang, Hwa Ja KIM, Choé (Corée), Pham Ti Tam, Le Duc Hai, Le Gnoc Thanh (Vietnam), Paul Muse (Royaume Uni) Romain Ganer, Philip Thomarel (Guadeloupe) et Anne Le Doré (France). Car l’art sans frontières ne se limite pas à l’Afrique, il s’étend aussi en Asie, en Europe…

 

La collection aujourd'hui

En 2015 j’organise une dernière exposition « hors les murs » des œuvres d’Ahmed Elsharif au Château de Bagnolet (banlieue parisienne) dans le cadre d’un évènement de « lutte contre la barbarie » après l’attentat contre le journal « Charlie Hebdo ». Il est important de montrer que les artistes d’Afrique et du Monde Arabe sont porteurs de messages de paix et d’ouverture d’esprit. Puis les attentats du 13 novembre 2015…Ils touchent nos proches. Le temps du deuil et du silence commence.

Aujourd’hui la collection est à nouveau visible sur les réseaux sociaux. Près de 150 œuvres, réunies à Paris, sont présentées au public. Une goutte d’eau.
Il y a autant de diversité chez les artistes d’Afrique et d’Orient que chez les artistes occidentaux et cette collection n’est qu’un témoignage de rencontres qui ont eu lieu sur une vingtaine d’années entre 1990 et 2010. Les nouvelles générations d’artistes foisonnent de partout, toujours plus créatives et il est important d’ouvrir nos frontières : Basquiat, Wilfredo Lam auraient-ils existé dans un monde sans migrations ?

Isabelle Russo

 

  • Isabellarusso9

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